« Corps en construction : Cinéma et audiovisuel, médiation, représentation, éducation ».

Congrès international

AFECCAV-Université d’Orléans-Université de Tours

à Orléans, les 6-7-8 juillet 2020.

 

« Corps en construction :

 Cinéma et audiovisuel,

médiation, représentation, éducation ».

 

Appel à communications

 

 

Argumentaire

Le onzième congrès international de l’Association Française des Enseignant·e·s et Chercheurs-euses en Cinéma et Audio-Visuel est organisé conjointement par l’AFECCAV, l’université d’Orléans (laboratoire ERCAE EA 7493), l’université de Tours (laboratoire INTRU EA 6301), à Orléans, les 6-7-8 juillet 2020.

Ce congrès sera consacré au sujet du corps, considéré comme construction culturelle qui, à l’ère de la modernité ou de la post-modernité, associe à la fois les pratiques et discours d’éducation et les représentations qu’en offrent le cinéma et plus largement les médias. A l’heure où Sex Education, diffusé sur Netflix, en est à une deuxième saison et où le body horror est devenu grand public, nombreux sont les films, les tutoriels, les séries télévisées, les films éducatifs qui font un usage spécifique, renouvelé de la présence des corps et délivrent une conception des corps digne d’être envisagée, tant par les chercheurs-euses, en études filmiques que ceux et celles en éducation.

C’est la conjonction de ces deux modes, traditionnellement envisagés de manière disjointe, dans des sphères de recherche séparées qui fera la spécificité de la réflexion menée au cours de ce congrès international.

Le corps, si présent comme composante visuelle dans les images, si rémanent comme sujet de discours sociaux, est l’objet d’études qui visent à dégager les caractéristiques des corps ou des parties du corps dans l’histoire du cinéma, dans les processus génétiques de création cinématographique. Envisagé parfois dans une dimension tératologique[i] comme dans l’œuvre de Cronenberg ou dans la série Walking dead, du point de vue de la figuration[ii], réduit à des parties physiques[iii], envisagé souvent du point de vue esthétique[iv] à partir de cinéastes emblématiques ou singuliers[v], le corps montré est celui qui fait vivre une expérience rare : « celle d'une appréhension du corps qui ne doit rien à l'idée, rien aux mots, rien à la compréhension »[vi]. Il agit à la fois sur les autres personnages mais influence aussi l’expérience spectatorielle (la représentation bipolaire du corps dans Jeune et jolie de François Ozon, les plans sur le vieillissement des corps dans les derniers films d’Agnès Varda, « la vitesse par l’explosion matérielle et la compulsion d’un corps sans cesse renouvelable » dans les toons de Tex Avery[vii]). Mais il est parfois aussi conçu comme une construction culturelle par les médias qui définit les identités genrées[viii] : dans quelle mesure la place donnée aux corps représentés au cinéma, dans les médias participe-t-elle d’une domination masculine, des inégalités de genre dans la société, de l'exclusion politique des femmes ? Les visions données du corps influent-elles sur la plasticité du rapport sexe-genre ? Fondent-elles les conceptions des queer studies pour lesquelles l'identité n'est plus une essence mais une performance ?[ix]

Dans les recherches en éducation, si l’on considère que le corps, ses attributs et ses fonctions sont très présents dans les médias contemporains, dont le cinéma, on s’accorde également à penser que l’articulation entre le corps et l’esprit dans les parcours d’éducation constitue encore un domaine à explorer, tant la matérialité des corps en contexte d’enseignement semble cantonnée à certaines disciplines scolaires (sciences de la vie et de la terre, éducation artistique, éducation physique et sportive, éducation à la santé), ou pensée de manière longitudinale dans quelques domaines seulement des huit composantes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture du système éducatif français actuel. De surcroît, le corps et le genre, en tant que constructions culturelles conditionnent aussi d'une certaine façon, dans la sphère éducative, les contenus des enseignements, les savoirs et leur transmission même en dehors des disciplines spécifiquement liées au corps.

Pourtant des recherches en éducation ont souligné, par exemple, l’importance de la dualité entre esprit et corps dans les manières d’envisager les liens entre corps et conscience, entre corps vivant au sens de physiologique et corps vécu au sens de sensible, mais également entre corps imaginé et corps représenté[x]. Ainsi, peut-on interroger la notion du corps présent à l'école, soit dans la prise en compte du corps des élèves dans l'enceinte scolaire, soit du point de vue des représentations enseignantes, enfantines et adolescentes liées au corps, pendant les apprentissages du et sur le corps, soit dans les corpus audiovisuels qui représentent la vie scolaire (les teens movies, films d’apprentissage, films de sport[xi], films d’animation, séries animées pour enfants, par exemple). On peut également considérer les espaces et les interactions corporelles qui interviennent dans les gestes, comme dans la relation aux autres dans les situations d’éducation, d’enseignement[xii].

D’autre part, les recherches pluridisciplinaires sur les émotions ont mis l’accent sur l’importance de ce facteur dans les processus d’éducation, d’apprentissage, d’enseignement, de formation même. Le corps et les émotions ont longtemps été considérés comme perturbant le jugement, donc la raison à développer par les processus d’éducation. Or, il est désormais reconnu que sans eux, impossible de prendre des décisions[xiii]. Même si les émotions jouent parfois un rôle perturbateur dans les apprentissages et donc nécessitent d’être pensées pour éclairer les difficultés scolaires notamment, il demeure « que la capacité à exprimer et ressentir des émotions est indispensable à la mise en œuvre des comportements rationnels »[xiv]. Autrement dit, en l’absence d’émotions, impossible non seulement d’apprendre mais également d’anticiper[xv]. Cette caractéristique est à la croisée des recherches sur les émotions dans les apprentissages et de celles portant sur les émotions face aux productions cinématographiques, audiovisuelles, aux images mobiles qui participent de l’expérience du spectateur mais aussi des processus génétiques à l’œuvre dans les réalisations de films.

Plus rares sont les approches relevant de l’anthropologie qui visent à définir des modes de structuration du point de vue de l’imaginaire concernant le corps par les représentations visuelles et les discours sociaux véhiculés par le cinéma et les médias. Plus rare encore est la réflexion qui vise à étudier les effets d’influence du cinéma et des médias sur les conceptions que les jeunes ont du corps des autres, de leur propre corps, du rapport aux corps d’autrui, du développement des corps, de la place du corps dans la société, de l’importance du corps avérée, révélée ou niée dans les mondes professionnels.



[i] Martinez, A., Images du corps monstrueux, Paris, Ed. L’Harmattan, 2011. 

[ii] Vanchéri, L., Figuration de l’inhumain, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, 1995. 

[iii] Marques S., Les Mains au cinéma, Paris, La septième obsession, 2017 ;  Siety, E. , Morrissey, P. (dir.) Filmer la peau, Presses Universitaires de Rennes, 2017.

[iv] Amiel, V., Le Corps au cinéma : Keaton, Bresson, Cassavetes, PUF, 1998 ; Aumont, J., Du visage au cinéma, Paris, Cahiers du cinéma, 1992.

[v] Laranjinha, N., Lars von Trier, Pathos et surface, Paris, L’Harmattan, 2017 ; Coll. La Figure de Charlot et ses avatars, Presses Universitaires de Rennes, 2015.

[vi] Amiel, V., op. cit. 

[vii] Villeneuve, J. “Vitesse et dématérialisation. Le corps du toon chez Tex Avery, Cinémas, vol. 7, n°1-2, Automne 1996, p. 55-72.

[viii] Butler, J., Gender Trouble : Feminism and the subversion of identity, Routledge, 1990 ; « Représentations-limites des corps sexuels dans le cinéma contemporain », Théorème, n° 28, 2018

[ix] Chauncey, G., Gay New York, 1890-1940, Fayard, 2003.

[x] Guido, L., L’âge du rythme. Cinéma, musicalité et culture du corps dans les théories françaises des années 1910-1930, Lausanne, Editions Payot, coll. « Cinéma », 2007 ; Simonnet, P., Veray, L., Des sports et des hommes, Paris, Citedis, 2000.

[xi] Voir, par exemple, L’empire de la perfection de Julien Faraut, en 2018, sur le tennis de John Mac Enroe.

[xii] Zanna O., Le corps dans la relation aux autres, Rennes, Pur, 2015 ; Bastié, D., La culture des sentiments. L’expérience télévisuelle des adolescents, Paris, Editions de la maison des sciences de l’homme, 1999 ; Bastié, D., Culture lycéenne. La tyrannie de la majorité, Paris, Editions de la maison des sciences de l’homme, 2005

[xiii]Houdé O., Apprendre à résister, Paris, Le Pommier, 2014.

[xiv]Damasio A. R., L’Erreur de Descartes. La raison des émotions, Paris, Odile Jacob, 1995.

[xv]Damasio A. R., L’Ordre étrange des choses, Paris, Odile Jacob, 2017.

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